Le kākāpō (Strigops habroptilus) : vers la meilleure saison de reproduction depuis 1977 ?
En décembre 2025, une annonce majeure a suscité un vif enthousiasme parmi les spécialistes de la conservation : la saison de reproduction 2025-2026 du kākāpō (Strigops habroptilus) pourrait être la plus favorable observée depuis 1977. Cette prévision repose sur deux éléments exceptionnels : une fructification abondante du rimu (Dacrydium cupressinum) et l’excellent état reproductif des femelles. Endémique de Nouvelle-Zélande, ce perroquet nocturne incapable de voler demeure l’un des oiseaux les plus rares au monde. Malgré les progrès remarquables réalisés depuis les années 1990, son avenir reste étroitement lié aux conditions écologiques et aux efforts de conservation.

1. Portrait d’un perroquet hors norme
Le kākāpō est un oiseau impressionnant par sa taille et son apparence. Il mesure entre 58 et 64 centimètres et peut peser de 2 à 4 kilogrammes, ce qui en fait le plus lourd des perroquets actuels. Son plumage vert mousse, marbré de noir et de brun foncé, lui assure un camouflage efficace dans la végétation forestière. Ses parties inférieures sont vert jaunâtre et mouchetées, tandis que son disque facial brunâtre rappelle celui des hiboux.
Ses vibrisses autour du bec et ses yeux orientés vers l’avant renforcent cette ressemblance, ce qui lui vaut le surnom de « perroquet-hibou ». Toutefois, sa caractéristique la plus singulière reste son incapacité totale à voler. Ses ailes sont trop petites et son sternum ne possède pas de bréchet suffisamment développé pour soutenir les muscles du vol. Il se déplace donc au sol, en marchant ou en grimpant aux arbres, utilisant parfois ses ailes pour garder l’équilibre ou amortir ses descentes.

Kakapo active la nuit
2. Mode de vie et alimentation
Le kākāpō est essentiellement nocturne. En dehors de la période de reproduction, les individus mènent une existence solitaire, parcourant lentement leur territoire forestier.
Son régime alimentaire est exclusivement végétal et varie selon les saisons. Il consomme des fruits, des baies, des graines, des pousses, des feuilles, des racines, des rhizomes, des tubercules, ainsi que des mousses et des champignons. Cette alimentation dépend fortement des cycles naturels de fructification, ce qui explique la sensibilité de l’espèce aux variations écologiques.
3. Une aire de répartition extrêmement restreinte
Autrefois répandu dans l’ensemble de l’archipel néo-zélandais, le kākāpō a vu son aire de répartition se réduire drastiquement après l’introduction de mammifères prédateurs. Aujourd’hui, il ne subsiste que dans quatre sanctuaires protégés et exempts de prédateurs :
- Whenua Hou (Codfish Island)
- Puke Nui (Anchor Island)
- Te Puka-Hereka (Coal Island)
- Sanctuary Mountain Maungatautari

Lorsque le programme de conservation a débuté en 1995, la population ne comptait plus que 51 individus, dont seulement 20 femelles. Aujourd’hui, elle atteint 237 oiseaux. Cette augmentation constitue un succès notable, bien que l’espèce demeure classée en danger critique.
4. Une reproduction dépendante du rimu
La reproduction du kākāpō ne suit pas un cycle annuel régulier. Elle dépend de la fructification massive d’un conifère endémique : le rimu (Dacrydium cupressinum). Lors des années dites « mast years », la production abondante de fruits fournit aux femelles les ressources énergétiques nécessaires pour produire des œufs et élever leurs petits.
En 2025-2026, la fructification du rimu est particulièrement importante, ce qui explique les prévisions très optimistes pour la saison actuelle.

5. Saison 2025-2026 : des chiffres prometteurs
Selon une publication du 3 décembre 2025 relayée par l’Université d’Auckland, la saison de reproduction en cours pourrait être la meilleure depuis 1977.
Plusieurs éléments soutiennent cette hypothèse. Tout d’abord, 84 femelles en âge de se reproduire devraient pondre. Ensuite, toutes présentent un bon état reproductif, situation relativement rare. Enfin, l’abondance exceptionnelle des fruits de rimu crée des conditions particulièrement favorables.
À titre de comparaison, la dernière saison productive remonte à 2022, avec 57 oisillons nés. Si les conditions se maintiennent, la saison 2025-2026 pourrait dépasser ce résultat de manière significative.
| Année | Femelles reproductrices | Nombre de kākāpō nés |
| 1995 | 20 | – |
| 2000 | 22 | 5 |
| 2005 | 30 | 10 |
| 2010 | 35 | 15 |
| 2015 | 50 | 30 |
| 2020 | 60 | 40 |
| 2022 | 70 | 57 |
| 2025-2026 | 84 | à venir (prévision) |

6. Recherche scientifique et appui à la conservation
La conservation du kākāpō repose sur un encadrement scientifique approfondi.
Le laboratoire du professeur Mike Taylor a réalisé la première description détaillée du microbiote intestinal du kākāpō. Ces recherches permettent de mieux comprendre l’impact de l’alimentation, des traitements antibiotiques et du stress environnemental sur la santé de l’espèce.
La docteure Caroline Lees a développé des outils de modélisation permettant d’évaluer différents scénarios de reproduction, d’analyser l’impact de la gestion des sites, d’estimer le risque d’extinction et d’anticiper les effets du changement climatique sur la fructification du rimu.
Un point demeure toutefois inexpliqué : les scientifiques ne savent pas encore comment les kākāpō perçoivent qu’une année de fructification sera favorable, déclenchant ainsi leur activité reproductive.

7. Les risques et incertitudes
Malgré ces perspectives encourageantes, plusieurs menaces subsistent.
Les aléas climatiques peuvent compromettre la maturation des fruits de rimu, poussant les femelles à abandonner leurs nids. Par ailleurs, les sanctuaires insulaires approchent leur capacité d’accueil maximale. Il devient nécessaire d’envisager le transfert d’individus vers de nouveaux territoires où les prédateurs ont été réduits mais non totalement éliminés.
Le goulot d’étranglement génétique survenu dans les années 1990, lorsque la population était tombée à 51 individus, a probablement affaibli la diversité génétique et le système immunitaire de l’espèce. Enfin, l’augmentation de la densité peut entraîner davantage de combats entre mâles, des conflits autour des nids et un risque accru de propagation de maladies.
8. Une transition délicate
Comme l’a souligné Jacqueline Beggs, présidente du Kākāpō Recovery Group, l’espèce passe d’une situation de « soins intensifs » à une phase où elle devra progressivement établir de nouvelles populations par elle-même.

jeune kakapo en Soins à la main
Cette transition représente un tournant historique. Elle est à la fois prometteuse et préoccupante, car elle implique un équilibre délicat entre autonomie écologique et gestion humaine continue.
Conclusion
La saison de reproduction 2025-2026 pourrait marquer une étape décisive dans l’histoire du kākāpō. Grâce à un nombre élevé de femelles reproductrices, à une fructification exceptionnelle du rimu et à un encadrement scientifique rigoureux, l’espèce semble franchir un seuil important vers la stabilisation.
Cependant, son avenir dépendra de sa capacité à surmonter les défis génétiques, climatiques et territoriaux. Le kākāpō demeure ainsi un symbole fort de la conservation moderne : une réussite fragile, qui exige vigilance et engagement à long terme.
Dylan Banckaert
Vice-présidenr ABAP

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