Le déplumage chez les psittacidés : comprendre pour mieux prévenir
Peu de sujets inquiètent autant les éleveurs de perroquets et de perruches que le déplumage. Voir un oiseau s’arracher lui-même les plumes, parfois jusqu’à la peau nue, est une image marquante et souvent mal comprise. Pourtant, ce comportement complexe touche aussi bien les oiseaux captifs que, plus rarement, les populations sauvages, et ses causes sont multiples.
Déplumage et mue : ne pas confondre
Avant tout, il est essentiel de distinguer le déplumage de la mue normale. La mue est un processus physiologique naturel : l’oiseau perd progressivement ses plumes usées pour les renouveler, selon un cycle hormonal précis. Elle se déroule généralement de façon symétrique et n’entraîne jamais de zones dénudées permanentes.
Le déplumage, à l’inverse, est un comportement actif de l’oiseau lui-même : il arrache, coupe ou mâchouille ses propres plumes, parfois de manière compulsive. Les zones touchées sont souvent celles accessibles au bec (poitrine, ailes, cuisses), épargnant généralement la tête, que l’oiseau ne peut atteindre seul.


Les différentes mues chez les psittacidés : quand et pourquoi ?
La mue est un processus naturel indispensable au renouvellement du plumage. Contrairement au déplumage, elle n’est pas un comportement volontaire : les vieilles plumes tombent progressivement et sont remplacées par de nouvelles afin de conserver un plumage fonctionnel, capable d’assurer le vol, l’isolation thermique et la protection de l’oiseau.
Chez les psittacidés, on distingue plusieurs types de mues au cours de la vie.
La mue du jeune oiseau
Après la période de croissance, le jeune perroquet ou la jeune perruche commence à remplacer son plumage juvénile par un plumage plus proche de celui de l’adulte. Cette première mue intervient généralement durant la première année de vie, mais son moment exact varie selon l’espèce.
Elle permet notamment l’apparition de couleurs plus intenses chez certaines espèces et marque une étape importante dans la maturation de l’oiseau.
Les mues d’entretien chez l’adulte
Tout au long de sa vie, le psittacidé renouvelle régulièrement ses plumes grâce aux mues d’entretien. Celles-ci permettent de remplacer les plumes abîmées ou vieillissantes tout en maintenant les capacités de vol et la qualité du plumage.
La fréquence et l’intensité de ces mues dépendent de nombreux facteurs : l’espèce, l’âge de l’oiseau, son état de santé, son alimentation et ses conditions de vie. Certaines espèces effectuent une mue principale annuelle, tandis que d’autres renouvellent leur plumage de manière plus progressive tout au long de l’année.
Quand la mue intervient-elle ?
Dans la nature, la mue est principalement liée aux cycles saisonniers. Les variations de la durée du jour, les changements hormonaux et la période de reproduction influencent son déclenchement. Beaucoup d’oiseaux renouvellent une grande partie de leur plumage après la reproduction, lorsque les besoins liés à l’élevage des jeunes diminuent.
En captivité, ces cycles peuvent être modifiés par l’éclairage artificiel, la température constante ou une alimentation disponible toute l’année. Il n’est donc pas rare d’observer des périodes de mue différentes de celles rencontrées dans le milieu naturel.
Les besoins de l’oiseau pendant la mue
La fabrication de nouvelles plumes représente un effort important pour l’organisme. La kératine, constituant principal des plumes, nécessite un apport suffisant en protéines, acides aminés, vitamines et minéraux.
Durant cette période, l’oiseau peut passer davantage de temps à se toiletter, être légèrement plus calme ou présenter des « tubes » de nouvelles plumes visibles sur le corps. Ces signes sont normaux.
En revanche, des plumes arrachées volontairement, mâchouillées ou des zones qui restent durablement dénudées ne correspondent pas à une mue normale et doivent orienter vers une recherche de cause médicale ou comportementale.
Comprendre le déroulement naturel de la mue est donc essentiel pour éviter de confondre un phénomène physiologique avec un véritable problème de déplumage.
Fiche d’identité du trouble
| Élément | Description |
| Nom courant | Déplumage / picage |
| Autre appellation | Feather Plucking Disorder (FPD) |
| Espèces les plus touchées | Gris du Gabon, cacatoès, aras, amazones |
| Origine | Multifactorielle (comportementale, médicale, environnementale) |
| Réversibilité | Variable selon la cause et la précocité de la prise en charge |
Le déplumage en captivité : un symptôme, pas une maladie
En captivité, le déplumage est presque toujours le signe visible d’un problème sous-jacent plutôt qu’une maladie à part entière. Les causes sont souvent multiples et peuvent se combiner.

Causes environnementales et comportementales
- Ennui et manque de stimulation, particulièrement chez les espèces très intelligentes comme les gris du Gabon ou les cacatoès.
- Cage ou volière trop petite, ne permettant pas suffisamment de vol ni d’exploration.
- Isolement social prolongé, l’oiseau reportant sur lui-même un comportement normalement dirigé vers un congénère (toilettage mutuel).
- Stress lié à des changements brusques d’environnement, de propriétaire ou de routine.
- Manque de sommeil, notamment lorsque l’éclairage artificiel perturbe le cycle naturel jour/nuit.
Causes médicales
- Parasites externes (acariens, poux des plumes).
- Infections cutanées bactériennes ou fongiques.
- Allergies alimentaires ou environnementales.
- Carences nutritionnelles, notamment en vitamine A, en acides gras essentiels ou en certains acides aminés.
- Douleurs internes ou troubles hormonaux, pouvant entraîner un déplumage localisé.
Causes liées à l’élevage à la main
Certains oisillons sevrés trop tôt ou élevés à la main sans contact suffisant avec des congénères développent plus facilement des comportements compulsifs à l’âge adulte, faute d’avoir appris les codes sociaux propres à leur espèce.
Et dans la nature ?
Contrairement à une idée reçue, le déplumage n’est pas un phénomène exclusivement lié à la captivité. Il existe également à l’état sauvage, mais reste beaucoup plus rare et généralement associé à des circonstances bien particulières.
Des cas de picage liés à une forte densité de population, à des parasites ou à certaines pathologies ont été décrits chez quelques populations sauvages, mais ils demeurent anecdotiques comparés à la fréquence observée chez les oiseaux captifs.

Pourquoi observe-t-on si rarement des perroquets déplumés à l’état sauvage ?
L’absence apparente de perroquets déplumés dans la nature ne signifie pas que ce phénomène n’existe jamais. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi il est beaucoup plus rarement observé.
Tout d’abord, un oiseau fortement déplumé devient nettement plus vulnérable. Les plumes jouent un rôle essentiel dans le vol, l’isolation thermique, l’imperméabilité et la protection de la peau. Un individu présentant un déplumage important vole moins efficacement, dépense davantage d’énergie pour maintenir sa température corporelle et devient une proie plus facile pour les prédateurs. Sa survie est donc compromise, ce qui réduit fortement les chances de l’observer durablement dans la nature.
Les perroquets sauvages sont également particulièrement discrets lorsqu’ils sont affaiblis. Comme de nombreuses espèces grégaires, ils cherchent à masquer les signes de faiblesse afin de ne pas attirer l’attention des prédateurs ou de ne pas être exclus du groupe. Un individu malade ou blessé restera souvent caché dans une végétation dense, limitant encore davantage les possibilités d’observation.
La période de reproduction constitue une exception parfaitement normale. Chez plusieurs espèces, les femelles arrachent volontairement quelques plumes de leur poitrine afin de constituer un duvet qui tapisse le nid et améliore l’isolation thermique des œufs. Cette perte de plumes est localisée, temporaire et physiologique ; elle ne doit pas être confondue avec un déplumage pathologique.
Enfin, les conditions de vie naturelles répondent beaucoup mieux aux besoins biologiques et comportementaux des psittacidés. Dans leur milieu, ils passent une grande partie de la journée à rechercher leur nourriture, voler parfois sur plusieurs dizaines de kilomètres, interagir avec leurs congénères, explorer leur environnement et rester vigilants face aux prédateurs. Cette activité physique et mentale permanente constitue un enrichissement naturel qui limite fortement l’apparition des comportements compulsifs observés en captivité.
L’ensemble de ces facteurs explique pourquoi le déplumage chronique est exceptionnel chez les psittacidés sauvages et renforce l’hypothèse que, dans sa forme la plus sévère, il est principalement lié aux conditions de captivité lorsque les besoins fondamentaux de l’espèce ne sont pas pleinement satisfaits.

Reconnaître les signes avant-coureurs
Un éleveur attentif peut souvent repérer les premiers signes avant que le déplumage ne s’installe durablement :
- Toilettage excessif ou répétitif sur une même zone.
- Plumes mâchouillées ou effilochées sans être arrachées.
- Agitation, vocalises inhabituelles ou comportements stéréotypés.
- Modification de l’appétit ou de l’activité générale.
Que faire face à un oiseau qui se déplume ?
La première étape consiste toujours à exclure une cause médicale. Un examen vétérinaire (recherche de parasites, bilan sanguin, examens dermatologiques…) permet d’écarter ou de confirmer une origine physique avant d’orienter la prise en charge vers le versant comportemental.
Sur le plan environnemental, plusieurs mesures peuvent être mises en place :
- Enrichir la volière avec des jouets, des branches fraîches et des activités de recherche alimentaire.
- Augmenter le temps de vol libre et l’espace disponible.
- Respecter un cycle jour/nuit stable avec une période d’obscurité suffisante.
- Favoriser les interactions sociales avec l’humain ou des congénères lorsque cela est adapté à l’espèce.
- Réévaluer l’alimentation afin de corriger d’éventuelles carences.
Dans les cas les plus sévères et chroniques, une collaboration étroite entre le vétérinaire aviaire et l’éleveur est indispensable. Un déplumage ancien peut devenir un comportement auto-entretenu, parfois difficile à faire disparaître, même lorsque la cause initiale a été corrigée.
Conclusion
Le déplumage reste l’un des troubles les plus complexes rencontrés en aviculture, précisément parce qu’il est rarement dû à une cause unique. Sa quasi-absence à l’état sauvage nous rappelle une évidence essentielle : le bien-être d’un psittacidé ne se résume ni à une alimentation équilibrée ni à un simple abri. Il dépend aussi d’un environnement adapté, d’un espace suffisant, d’une stimulation quotidienne et d’interactions sociales conformes aux besoins de l’espèce.
Observer, comprendre et intervenir précocement restent, comme souvent en élevage, les meilleures armes pour prévenir l’apparition de ce trouble.
Dylan Banckaert
Vice-président ABAP

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