Des tropiques à l’Europe : quand les psittacidés prennent leurs quartiers

Dylan Banckaert
Vice-président ABAP

Il suffit parfois de lever les yeux dans un parc de Bruxelles, Paris, Londres, Rome ou Stuttgart pour assister à une scène qui aurait semblé improbable il y a encore quelques décennies : des psittacidés volant librement au-dessus de nos villes européennes.

Parmi eux, une espèce domine très largement le paysage : la Perruche à collier (Psittacula krameri). Avec son plumage vert vif, sa longue queue et son cri caractéristique, elle est devenue l’ambassadrice involontaire de ces populations de perroquets et perruches installées loin de leur aire d’origine.

Mais elle n’est pas seule. Perruches alexandre, Conures veuves et même Amazones à tête jaune ont, elles aussi, réussi à former des populations vivant en liberté sur notre continent.

Certaines se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers. D’autres ne dépassent toujours pas quelques dizaines d’oiseaux après plusieurs décennies.

Comment des espèces provenant d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud ont-elles réussi à s’adapter à nos villes, à nos hivers et à une alimentation parfois très différente de celle disponible dans leur milieu naturel ? C’est probablement l’un des aspects les plus fascinants de leur installation en Europe.

La Perruche à collier, véritable pionnière européenne

S’il fallait choisir une espèce pour symboliser cette installation des psittacidés en Europe, ce serait sans aucun doute la Perruche à collier.

Originaire d’Afrique subsaharienne et du sous-continent indien, elle n’est évidemment pas arrivée chez nous par migration naturelle. Les populations européennes proviennent principalement d’oiseaux échappés de captivité ou relâchés volontairement ou accidentellement à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

Quelques individus ont parfois suffi pour constituer les premiers noyaux de populations. Et c’est probablement là que réside l’aspect le plus spectaculaire de son histoire : quelques oiseaux égarés il y a une cinquantaine d’années ont donné naissance, dans certaines régions, à des populations comptant aujourd’hui plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d’individus.

La Perruche à collier possède plusieurs qualités particulièrement favorables à la vie urbaine. Elle est sociable, opportuniste, très mobile et capable d’exploiter une grande diversité de ressources. Mais surtout, elle semble posséder une faculté particulièrement importante : elle sait s’adapter.

Du soleil des tropiques aux hivers européens : comment font-elles ?

Voilà probablement la question qui revient le plus souvent lorsque l’on observe ces oiseaux en plein mois de janvier : comment un perroquet originaire de régions chaudes peut-il survivre dehors lorsqu’il gèle ?

Il faut d’abord casser une idée reçue. Toutes les régions d’origine des psittacidés ne sont pas constamment chaudes et tropicales, et un climat d’origine ne permet pas, à lui seul, de déterminer la température qu’un oiseau est capable de supporter.

La Perruche à collier possède notamment une aire naturelle immense, allant de certaines régions africaines jusqu’au sous-continent indien. Elle était donc déjà, avant son arrivée en Europe, une espèce confrontée à des environnements et à des variations climatiques relativement diversifiés.

Cela ne signifie évidemment pas qu’elle est insensible au froid. Les températures extrêmement basses peuvent limiter son expansion et des épisodes de froid sévère peuvent provoquer des diminutions locales de populations. Mais elle dispose manifestement d’une souplesse physiologique et comportementale suffisante pour traverser les hivers ordinaires de nombreuses villes européennes.

Des recherches consacrées à sa thermorégulation ont montré quelque chose de particulièrement intéressant : son organisme ne fonctionne pas exactement de la même manière en été et en hiver. Lorsqu’elle est acclimatée à la saison froide, sa thermorégulation se modifie de manière à mieux économiser son énergie. Des Perruches à collier ont ainsi montré leur capacité à conserver leur température corporelle à basse température, avec des réponses métaboliques différentes selon la saison. Cela ne signifie pas qu’elles peuvent supporter n’importe quel froid, mais cela met en évidence une réelle capacité d’acclimatation saisonnière.

Et puis les oiseaux ne restent évidemment pas immobiles toute une nuit sur une branche exposée au vent en attendant que le thermomètre remonte. Ils choisissent leurs emplacements. Les grands dortoirs collectifs ne servent pas uniquement à rassembler la colonie. Les oiseaux sélectionnent des arbres et des secteurs relativement protégés, et peuvent modifier leurs habitudes selon les saisons.

Les cavités utilisées pour la reproduction offrent également une protection beaucoup plus importante contre le vent et les variations brutales de température que ne le ferait une branche totalement exposée. La Conure veuve (Myiopsitta monachus) possède même un avantage supplémentaire : contrairement aux Perruches à collier et alexandre, elle construit ses propres nids de branchages. Ces énormes constructions collectives comprennent différentes chambres et offrent aux oiseaux un abri intéressant contre les intempéries.

La ville, un véritable microclimat

Il y a également un élément que l’on oublie facilement : une grande ville européenne n’a pas exactement le même climat que la campagne qui l’entoure.

Bâtiments, rues, infrastructures et activité humaine emmagasinent de la chaleur pendant la journée et la restituent progressivement. Ce phénomène contribue à créer ce que l’on appelle un îlot de chaleur urbain.

Un oiseau installé dans un parc au cœur d’une agglomération peut donc bénéficier de conditions légèrement plus clémentes qu’un oiseau vivant quelques dizaines de kilomètres plus loin en pleine campagne. Ce microclimat, combiné à l’abondance de nourriture et de sites favorables, contribue à expliquer pourquoi plusieurs populations se sont d’abord implantées dans de grandes villes.

Le cas des Amazones de Stuttgart l’illustre particulièrement bien. La cuvette dans laquelle se trouve Stuttgart bénéficie localement d’un climat relativement doux et offre de nombreux parcs, cimetières, jardins et espaces verts arborés où les oiseaux peuvent se nourrir et se mettre à l’abri. ( How These Amazon Parrots Ended Up in Snowy Germany | Wild to Know – YouTube)

Ainsi, lorsqu’on dit qu’un perroquet « survit à l’hiver allemand », il ne faut pas imaginer qu’il affronte volontairement les endroits les plus froids du pays. L’oiseau exploite au contraire les meilleurs microclimats disponibles. Et c’est précisément cela, l’adaptation.

En hiver, économiser son énergie devient essentiel

Pour un oiseau, lutter contre le froid coûte de l’énergie. Maintenir une température corporelle élevée lorsque l’air extérieur est froid nécessite davantage de ressources.

La survie hivernale dépend donc d’un équilibre très simple en apparence : dépenser le moins d’énergie possible tout en trouvant suffisamment de nourriture pour compenser ce qui est dépensé.

Les psittacidés vivant en liberté adaptent alors leur comportement. Ils connaissent progressivement les zones où la nourriture est disponible, se déplacent entre différents sites d’alimentation et rejoignent leurs dortoirs à des horaires relativement réguliers.

Cette vie en groupe possède également un autre énorme avantage : l’information circule. Lorsqu’un individu trouve une nouvelle source alimentaire, les autres peuvent le suivre. Un perroquet solitaire doit chercher seul. Une colonie entière bénéficie en quelque sorte de dizaines ou de centaines de paires d’yeux capables de repérer un arbre en fruits, un site de nourrissage ou une nouvelle ressource.

Mais que mangent-ils réellement chez nous ?

C’est le deuxième grand secret de leur réussite. La Perruche à collier n’est pas une spécialiste dépendant d’un fruit bien précis ou d’une seule espèce végétale. Elle est opportuniste. Et pour une espèce introduite dans un nouvel environnement, cette caractéristique est extrêmement précieuse.

Elle consomme notamment des graines, des fruits, des baies, des noix, des bourgeons, des fleurs et différentes parties végétales selon ce que la saison lui offre.

Et c’est ici que l’environnement urbain lui offre presque un buffet permanent. Nos villes ne contiennent pas uniquement les quelques espèces d’arbres que l’on retrouverait naturellement dans une forêt locale. Au fil des siècles, nous avons planté des arbres et arbustes provenant du monde entier : platanes, marronniers, noyers, arbres fruitiers, arbres ornementaux, jardins privés, potagers, parcs publics…

La diversité végétale d’une ville peut être considérable. Et toutes ces espèces ne produisent évidemment pas leurs graines, fruits ou bourgeons au même moment. Lorsqu’une ressource disparaît, une autre apparaît. C’est un avantage énorme pour un animal capable d’adapter son menu.

Un menu qui change avec les saisons

Au printemps, les jeunes pousses, bourgeons, fleurs et nouvelles ressources végétales deviennent disponibles. L’été apporte une multitude de fruits et de graines. L’automne est particulièrement intéressant avec de nombreux fruits, graines et fruits à coque.

Puis vient l’hiver, période durant laquelle les ressources naturelles deviennent moins abondantes. Mais elles ne disparaissent pas complètement. Certaines graines restent disponibles dans les arbres ou au sol, certains fruits persistent et les oiseaux apprennent parfaitement où rechercher les ressources encore présentes.

Les Amazones de Stuttgart, par exemple, exploitent elles aussi les ressources saisonnières des espaces verts urbains, notamment les fruits et fruits à coque disponibles dans leur territoire.

Et puis il existe un autre garde-manger que leurs ancêtres sauvages connaissaient beaucoup moins : l’être humain.

Nos mangeoires les aident-elles ?

Oui, très probablement dans certaines villes. Mangeoires pour oiseaux, graines déposées dans les jardins, arbres fruitiers domestiques et autres ressources d’origine humaine peuvent constituer un complément alimentaire important.

Il faut toutefois éviter une conclusion trop simple. Ces oiseaux ne survivent pas uniquement parce que des habitants leur donnent des graines. Ils ont réussi parce qu’ils exploitent un ensemble extrêmement diversifié de ressources.

Un groupe de Perruches à collier connaît son territoire et exploite une multitude de sites d’alimentation. C’est cette flexibilité qui fait toute la différence.

Plus qu’une résistance au froid : une capacité à changer de comportement

Finalement, parler uniquement de « résistance au froid » est probablement réducteur. Le véritable avantage de ces oiseaux est leur plasticité.

Ils changent de nourriture. Ils modifient leurs déplacements. Ils utilisent les ressources humaines. Ils sélectionnent les secteurs les plus favorables de la ville. Ils se regroupent. Ils apprennent.

Et les jeunes qui naissent en Europe apprennent directement à vivre dans cet environnement. Une jeune Perruche à collier née à Bruxelles ne doit pas « se souvenir » de la manière de vivre en Inde. Pour elle, Bruxelles est son milieu.

Elle suit ses parents et les autres membres du groupe, découvre les arbres qui nourrissent la colonie, les dortoirs, les dangers, les sites de reproduction et les ressources disponibles au fil des saisons. Au fil des générations, des habitudes locales peuvent ainsi se transmettre au sein du groupe.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles une population déjà bien installée devient beaucoup plus difficile à faire disparaître qu’une poignée d’oiseaux nouvellement échappés.

Il serait néanmoins faux de croire que tous les psittacidés peuvent s’installer n’importe où en Europe.

Le froid reste une véritable contrainte. Des conditions hivernales extrêmes peuvent entraîner une mortalité importante et empêcher une population de devenir viable.

Il faut également suffisamment de nourriture, des arbres adaptés, des sites de nidification et, surtout, assez d’individus pour assurer la reproduction. C’est probablement pour cela que l’on peut observer ponctuellement des perroquets échappés dans énormément de villes sans jamais voir apparaître de population durable.

Survivre quelques mois est une chose. Créer une population capable de traverser les décennies en est une autre.

Bruxelles, l’un des exemples les plus célèbres

En Belgique, impossible de parler de psittacidés vivant en liberté sans évoquer Bruxelles.

L’histoire généralement racontée remonte à 1974, lorsque plusieurs dizaines de perruches provenant du parc animalier Meli, situé près de l’Atomium, auraient été relâchées ou se seraient échappées.

Le phénomène ne concernait d’ailleurs pas uniquement la Perruche à collier. Plusieurs espèces de psittacidés étaient présentes dans cette histoire, ce qui fait aujourd’hui de Bruxelles un cas particulièrement intéressant pour comprendre pourquoi certaines espèces connaissent une expansion spectaculaire tandis que d’autres restent beaucoup plus discrètes.

La Perruche à collier est celle qui a largement remporté cette course à l’adaptation. Après plusieurs décennies, elle est devenue une présence habituelle dans de nombreux quartiers et parcs de la capitale. Pour beaucoup de Bruxellois, elle fait désormais presque partie du paysage.

Londres constitue probablement l’un des exemples européens les plus impressionnants.

De nombreuses histoires circulent autour de l’origine de la population britannique. La plus célèbre affirme que Jimi Hendrix aurait relâché plusieurs perruches à Londres dans les années 1960. L’histoire est amusante, mais elle tient davantage de la légende populaire que d’une origine scientifiquement démontrée.

Ce qui ne fait en revanche aucun doute, c’est l’ampleur prise par l’espèce. Des dizaines de milliers de Perruches à collier vivent aujourd’hui au Royaume-Uni et l’espèce a depuis largement dépassé les frontières de la capitale britannique.

Une première introduction aurait eu lieu autour de l’aéroport d’Orly dans les années 1970, puis d’autres échappées auraient renforcé la population quelques années plus tard autour de Roissy.

Pendant longtemps, les oiseaux restent relativement peu nombreux. Puis la population accélère. C’est exactement ce qui rend la Perruche à collier si intéressante : son installation peut rester discrète pendant des années avant que la population ne commence véritablement à prendre de l’ampleur.

Plus au sud, le scénario se répète. Rome possède aujourd’hui une importante population de Perruches à collier. On peut les observer jusque dans les grands jardins historiques de la capitale italienne, parfois à quelques centaines de mètres seulement des monuments de la Rome antique.

La Grèce possède également plusieurs populations installées, notamment autour d’Athènes et de Thessalonique. Leur présence confirme à quel point l’association entre espaces verts urbains, nourriture disponible et capacité d’adaptation peut favoriser cette espèce.

Les Amazones de Stuttgart : l’une des histoires les plus étonnantes

L’Allemagne offre un scénario particulièrement intéressant.

Contrairement à Londres, Paris ou Bruxelles, Berlin ne constitue pas le grand bastion historique allemand de la Perruche à collier. Les principales populations sont davantage concentrées dans la vallée du Rhin et les grandes villes de l’ouest du pays. Cologne fait notamment partie des lieux historiques de son implantation allemande.

Et pourtant, quelques centaines de kilomètres plus au sud, une autre histoire de psittacidés se déroule depuis plus de quarante ans. Cette fois, il ne s’agit plus d’une perruche. Mais d’une Amazone.

Stuttgart abrite en effet une petite population sauvage d’Amazones à tête jaune (Amazona oratrix).

Le début de cette histoire remonte à 1984. Une Amazone probablement échappée de captivité est alors observée dans la ville. Un second individu la rejoint ensuite et, en 1986, le couple élève trois jeunes. Une population sauvage venait de naître.

La colonie s’est ensuite développée très lentement. Elle a progressivement atteint quelques dizaines d’oiseaux. Une Amazone à front bleu (Amazona aestiva) a également rejoint la population et des hybridations ont été observées.

Le contraste avec la Perruche à collier est fascinant. Les deux espèces prouvent qu’un psittacidé exotique peut survivre et se reproduire durablement sous le climat européen. Mais l’une a colonisé de nombreuses villes et compte des dizaines de milliers d’individus, tandis que l’autre reste encore concentrée autour d’une région relativement restreinte après quatre décennies.

Le cas de l’Amazone à tête jaune possède également une dimension assez particulière : l’espèce est fortement menacée dans son aire naturelle. On se retrouve donc devant une situation presque

paradoxale où une petite population introduite réussit à se maintenir dans une ville allemande alors que l’espèce connaît de sérieuses difficultés dans son milieu d’origine.

La Perruche alexandre, la grande cousine

Un autre psittacidé mérite également une place importante dans cette histoire européenne : la Perruche alexandre (Psittacula eupatria).

De loin, une personne peu habituée pourrait facilement la confondre avec une grande Perruche à collier. Mais l’Alexandre est nettement plus imposante et présente notamment une caractéristique bien visible : une tache rouge sur l’épaule.

Elle est elle aussi présente à Bruxelles. Sa progression a été beaucoup plus lente que celle de la Perruche à collier, mais elle semble aujourd’hui s’installer progressivement dans plusieurs régions européennes.

Son évolution sera particulièrement intéressante à suivre durant les prochaines décennies. La question est simple : suivra-t-elle un jour le même chemin que sa cousine à collier ?

La Conure veuve : une autre stratégie pour conquérir les villes

Encore différente, la Conure veuve (Myiopsitta monachus) aussi appeler la perruche souris est originaire d’Amérique du Sud. Elle est aujourd’hui très bien implantée dans plusieurs régions européennes, notamment en Espagne et en Italie.

Sa stratégie de reproduction la distingue totalement des Perruches à collier et alexandre. Ces dernières dépendent fortement des cavités dans les arbres. La Conure veuve, elle, construit elle-même son logement.

Plusieurs couples peuvent participer à la construction d’immenses structures constituées de branchages comprenant différentes chambres de nidification. Ces nids collectifs peuvent atteindre des dimensions impressionnantes et sont installés dans les arbres, mais également parfois sur des pylônes ou d’autres structures humaines.

Cette capacité à construire son propre nid lui permet de s’affranchir en partie du problème de la disponibilité des cavités naturelles. Elle constitue elle aussi un excellent exemple d’espèce capable d’exploiter la mosaïque très particulière constituée par les constructions humaines et les espaces verts urbains.

Pourquoi certaines réussissent-elles mieux que d’autres ?

C’est probablement la question la plus intéressante de toute cette histoire. Pourquoi la Perruche à collier est-elle devenue aussi nombreuse alors que les Amazones de Stuttgart restent une petite population ?

Il n’existe pas une seule réponse. Le nombre d’individus présents au départ joue certainement un rôle. Mais ce n’est qu’un élément parmi beaucoup d’autres.

La disponibilité de nourriture, le nombre de sites de nidification, la capacité à vivre en groupe, le climat, la prédation, la concurrence avec d’autres espèces, la vitesse de reproduction et même le hasard peuvent influencer l’avenir d’une petite population introduite.

Une espèce généraliste, capable de changer de nourriture lorsque les saisons changent et d’exploiter aussi bien un arbre indigène qu’une essence ornementale plantée par l’homme, possède évidemment un avantage énorme.

Et une population qui produit suffisamment de jeunes chaque année peut progressivement dépasser un seuil à partir duquel son expansion devient beaucoup plus facile. À l’inverse, quelques mauvaises saisons de reproduction peuvent suffire à maintenir une petite population au même niveau pendant des décennies.

Une cohabitation qui pose parfois question

Voir des perroquets voler au-dessus d’une ville européenne reste spectaculaire. Mais derrière le côté exotique et sympathique de ces oiseaux se cache également une question écologique.

La Perruche à collier et la Perruche alexandre nichent dans des cavités. Or elles ne sont évidemment pas les seules à vouloir les utiliser. Pics, étourneaux, sittelles, chouettes et d’autres oiseaux cavernicoles dépendent également de ces emplacements pour leur reproduction. Une compétition peut donc apparaître.

Les interactions écologiques ne se limitent d’ailleurs pas aux seuls sites de nidification : l’accès aux ressources alimentaires et les comportements de vigilance autour des mangeoires peuvent aussi être modifiés par la présence de groupes de perruches.

Il faut toutefois garder de la nuance. Toutes les populations de psittacidés introduites ne provoquent pas automatiquement l’effondrement des espèces indigènes. Les conséquences dépendent fortement du milieu, du nombre d’oiseaux présents et des ressources disponibles.

De quelques oiseaux échappés à plusieurs générations sauvages

C’est finalement ce qui relie toutes ces histoires.

Une Perruche à collier sort d’une volière. Une Amazone se retrouve libre à Stuttgart. Quelques Conures veuves commencent à construire un nid dans un parc. Au départ, cela ressemble presque à une anecdote.

Mais si ces oiseaux survivent, trouvent un partenaire et réussissent à se reproduire, la situation change complètement. Les jeunes qui naissent ensuite n’ont, eux, jamais connu la captivité. Une première génération sauvage apparaît. Puis une deuxième. Puis une troisième. Et parfois bien davantage.

À ce moment-là, nous ne parlons plus simplement d’un perroquet échappé. Nous parlons d’une véritable population installée.

Pour nous qui élevons des psittacidés, toute cette histoire possède forcément une résonance particulière. Elle démontre à quel point une évasion ne doit jamais être prise à la légère.

Personne ne peut savoir avec certitude ce qu’un oiseau échappé deviendra. Dans l’immense majorité des cas, il ne donnera évidemment jamais naissance à une nouvelle population. Mais l’histoire européenne nous montre que cela peut arriver.

La responsabilité de l’éleveur commence donc par des choses finalement très simples : des installations correctement sécurisées, des sas lorsque cela est nécessaire, du matériel bien entretenu et des oiseaux identifiables conformément à la réglementation.

Et surtout, il faut définitivement abandonner cette vieille idée selon laquelle relâcher volontairement un perroquet serait une manière de lui « rendre sa liberté ». Un animal né ou ayant vécu en captivité n’a pas vocation à être introduit dans notre faune sauvage.

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